mardi 3 mai 2011

Cérémonie puissante: la loge à transpirer

Fin avril, la neige est fondue. J'avais retardé la cérémonie prévue pour l'équinoxe de printemps étant donné la quantité de neige en mars... Un mois plus tard, l'ambiance est tout-à-fait différente... C'est la journée la plus chaude du printemps! Beau temps pour les pieds nus!!! Et les torses nus! Attention de ne pas de attraper de coup de soleil ( trop tard...), la chaleur dans la loge n'améliorera pas votre sort!


La cérémonie est un sauna amérindien, chauffé avec de l'eau jetée sur des pierres rouges de chaleur. C'est une façon très puissante de se purifier le corps, le mental et l'esprit, si on a un dirigeant spirituel pour la cérémonie. Je dirige toujours les cérémonies que j'organise... jusqu'à ce jour.

L'élaboration du feu pour chauffer les pierres se fait comme suit. Je place 2 bûches au fond sur lesquelles je place mon premier rang de bûchettes, entrelacées de petit bois et d'écorces. J'ai ainsi de l'espace en dessous pour placer mon amadou enflammé. Je rajoute un ou deux rangs de bûches perpendiculairement au rang précédent, et je place une quinzaine de roches de la grosseur de mes 2 poings joints sur la plateforme. Idéalement, des schistes pour ne pas qu'elles éclatent suivant la chauffe. Ne récoltez pas de quartz ou silex ou des pierres venant d'un cours d'eau! Elles peuvent exploser et vous arracher la tête en même temps.

On ajoute du bois en forme de tipi au dessus pour envelopper les pierres.


La cérémonie commence au moment même de l'élaboration du feu. Des remerciements sont prononcés, l'esprit s’étend dans tous nos gestes. Le feu est allumé de manière traditionnelle, par friction. Un vrai feu...
Je creuse une cavité dans ma planche pour recevoir la mèche.


Je commence à réchauffer les composantes... ainsi que moi-même...



La fumée...


Le tison est transféré dans le nid d'écorce de cèdre... Ah! la magie de la création d'une vie nouvelle...


Cajolé, enveloppé, mon tison absorbe mon amour par mon souffle et croît en force et en chaleur.

La flamme...

... deviendra le feu qui nous chauffera et fera renaître notre âme à la sortie de la cérémonie.


La loge est prête nous accueillir.


Après quelques heures de chauffe, les pierres "grands-pères" sont rouges. Nous faisons une offrande à la Terre, nos remerciements, et nous entrons, humbles et à 4 pattes, dans la loge ou nous mourrons à nous même pour mieux renaître, sain et neufs... Merci... merci.

samedi 16 avril 2011

Étui à couteau express

Un ami m'a demandé de lui faire un étui à couteau pour une heure de travail qu'il m'avait donnée. J'ai pris le contrat sans hésiter. Heure pour heure, tout travail a la même valeur, non? L'étui original était en toile rigide. La pointe du couteau accrochait dans la toile, l'étui pliait en son milieu et il était nécessaire d'attacher une ganse avec un bouton pour retenir le couteau en place. J'ai trouvé un morceau de cuir de cordonnerie sur lequel j'ai placé le couteau. J'ai tracé son contour côté tranchant. J'ai fait une symétrie de ce contour. D'un côté, j'ai ajouté une bande de cuir supplémentaire pour faire des franges et de l'autre, un bande plus longue que je replierai pour faire l'anneau de ceinture. Comme on voit sur l'image, j'ai fait plus d'un essai de patron! Le couteau aurait été à l'envers sur la ceinture...

Une couture pour me donner une idée de comment le couteau tient dans l'étui. J'ai laissé du jeu à la hauteur de la garde, assez pour que le couteau glisse bien mais pas trop pour qu'il tienne si on place l'étui à l'envers. Résultat obtenu du premier coup!

Les franges sont découpées: Étape finale, j'ai cousu l'anneau à ceinture. J'ai aussi replié et cousu la langue de cuir à l'intérieur de l'étui, ce qui lui donne un relief et le garde ouvert. Essai et... réussite sans modifications. Chance ou instinct, qui sait? Un étui vaut mieux que 2 tu l'auras! (joke pour initiés! Humour glacé et sophistiqué...)

jeudi 14 avril 2011

Lunette inuites inouïes!

Mon voyage de traineau à chien m'a semé une idée en tête, indélogeable depuis. Celle de me fabriquer des lunettes à fentes minces que les inuits et montagnais utilisaient dans les contrées enneigées pour éviter la cécité des neiges.

Faut penser que les lunettes fumées ne leurs plaisaient pas à eux non-plus! J'ai taillé un morçeau de noyer dont les dimensions originelles étaient de 1" par 1½ " par 5½ " . Je me suis taillé un morceau de carton qui épousait la forme de mon front à la hauteur des sourcils et l'ai utilisé comme patron pour mes lunettes. Voilà la forme finale vue de haut.



J'ai entaillé la partie centrale pour l'ajuster à mon nez et sourcils. Le confort est important pour les longues randonnées. Les oeillères ont été creusées avec une gouge et un couteau croche.
Puis, des entailles longitidunales on été creusées par lequelles on voit le paysage sans que trop de lumière ou de poudrerie ne pénètre dans nos yeux.



La vue que l'on a:


La vision obtenue est étonnament claire et large. (la photo n'est pas représentative...)


J'ai passé des lanières de cuir dans les trous prévu à cet effet pour attacher les lunettes.


Voilà le résultat! On a l'air soit d'un esquimau, ou d'un extraterrestre! Mais j'en suis très satisfait!

Au poil...

Début avril, le premier nudi-pédisme de l'année! Enfin, je languissais de toucher la terre. (dans ce cas, la neige!)


J'avais des peaux de chevreuil étendue sur des cadres, prêtes depuis l'automne à se faire travailler. J'ai trouvé du temps en ce début de printemps pour gratter le poil et l'épiderme de ces peaux, en préparation au tannage.

Le grattage se fait dans le sens du poil, du centre vers l'extérieur pour couper le moins possible de poils et plutôt les arracher à la base. Dans le cas contraire, le grattoir se désaiguise en un rien de temps et on dépense de l'énergie inutilement. Il est bien important d'enlever tout l'épiderme. Tout épiderme qui resterait empêcherait la cervelle de bien pénétrer lors du tannage.





On découpe la peau du cadre. Elle ressemble à une feuille de papier rigide... Elle est maintenant prête pour la transformation magique du tannage, de passer du papier au chamois si doux et si souple qu'on en frissonne de plaisir à son contact! Aussi grande différence qu'entre la nymphe et le papillon...

mardi 29 mars 2011

Contenants au pluriel!

Je prépare depuis quelques mois mon ensemble de cuisine et mes contenants d'entreposage pour mon wigwam. Pendant l'hiver, j'ai fait de la poterie à temps perdu. Voilà une palette faite avec une palette (hihi, terme de boucherie; on dit aussi omoplate) de chèvre. Elle me servira pour lisser l'argile dans l'élaboration de mes pots. Un des test pour savoir si votre argile est adéquate pour la poterie est d'en faire un colombin, puis de le tordre pour faire un noeud... Si l'argile ne craque pas, elle est potentiellement bonne. Mais, toutes les argiles sont différentes, et certaines argiles, malgré leurs caractéristiques idéales à l'élaboration, cassent durant la cuisson... Voici mon argile locale:


À cette argile pure, on doit ajouter une partie de matière inerte (durant la cuisson) pour éviter qu'elle n'éclate. Ici, ce sont des éclats de pots cuits précédemment qui n'ont pas résisté à la cuisson qui sont utilisés. Je les ai réduits en poudre dans le mortier.



Un bol me sert pour mouler et soutenir la base d'un pot. Je continue en ajoutant des colombins en étage en en les intégrant au fur et à mesure à celui-ci.

Je le mets à sécher pour quelques jours. Toute humidité doit être disparue avant la cuisson sans quoi...crac!

Un petit assortiment de poteries prêtes à cuire. D'autres viendront bientôt. Je ne les cuirai pas avant que la neige ne soit fondue, elles seront donc entièrement sèches.



Gros plan:



J'ai aussi pensé à me faire des paniers de toutes sortes et de tous usages. J'ai récolté de belles branches de saules sans embranchements au cours de l'hiver, avant que la sève ne monte. Les bordures de routes sont souvent de bons endroits pour en trouver; la municipalité coupe tout branchage dans les fossés, et les repousses vigoureuses des saules et cornouillers sont idéales pour la vannerie. Je les ai triées par grandeur et attachées pour le séchage, qui prend environ 2 mois idéalement.



Le délai arrivera bientôt à son terme... Que j'ai hâte de me mettre la main à la branche!

vendredi 11 mars 2011

Les chiens de Kamouraska

Un séjour en traîneau à chiens, à Kamouraska, m'a permis de profiter à plein de la tempête de neige incroyable de ce début de mars.
Un ami m'a invité à essayer son attelage. Ses 10 chiens étaient répartis en un attelage de 4 chiens, et l'autre de 6.
Le son des patins glissant sur la neige et des chiens haletants, les visions féeriques des paysages d'hiver, le vent fouettant mon visage sont autant de souvenirs indélogeables que de souvenirs cellulaires de nos ancêtres du nord, dont la vie dépendait des chiens.


Ces chiens donnent tout ce qu'ils ont sans relâcher. J'ai été impressionné par leur puissance! Malgré les 50 cm de neige, les rafales de vent et la neige qui piquait les yeux, les chiens tiraient sans que j'aie besoin de débarquer du traîneau... J'ai essayé de courir derrière eux pour 2 minutes... j'étais épuisé!
Le lendemain de la tempête, le ciel était bleu et le soleil nous réchauffait. Les pistes étaient un peu plus tapées, ainsi la vitesse des attelages était accrue. Les 15 km se sont fait en 2 h, en prenant une pause, dans des pistes étroites, sinueuses et décorées de sapins lourds de neige et de peupliers miroitant de gouttelettes de verglas, comme des lumières ou des perles.
À côté de la piste, la neige nous arrivait à la taille!
Les chiens aux repos:


Nos capacités sont bien loin des leurs! Imaginez-vous courir toute une journée dans de la neige folle sans toucher au fond, en tirant une charge qui correspond à votre poids et de dormir à même la neige le soir, sachant que l'on recommencera le lendemain... le tout dans une bonne humeur contagieuse!
Mes respects à ces animaux.
J'ai des images du nord qui me viennent par bourrasques, les traîneaux filant sur la neige, les chiens toujours quelques mètres en avant de nous. Ce ne sont pas les hommes qui découvrirent ces terres, ce sont les chiens!!!

jeudi 10 mars 2011

Ma couchette de babiche

Mon hivernement se termine! Depuis mon dernier message, j'ai avancé quelques travaux dans le wigwam.
En premier lieu, j'ai récolté des branches de cèdre pour créer un tapis sur le sol de l'abri. Le but est en premier lieu d'éloigner les insectes, ensuite de s'isoler de la terre. Elles ont été plantées dans le sol pour empêcher qu'elles ne bougent.

J'ai ensuite étendu par terre des peaux de caribou par-dessus les branches pour le confort et l'apparence...
La prochaine étape était la fabrication d'une couchette surélevée. Je me suis fabriqué une armature solide de branches grosses comme le bras. Deux pieux en 'Y' ont été enfoncé dans le sol, qui forment les coins de mon lit. Une pôle a été insérée dans les 'Y'. Le long de la courbe du wigwam, j'ai plié et attaché une branche à la même hauteur que celle entre les 'Y'. Ce sont mes supports pour les travers à la tête et au pied du lit. Le tout est lacé et attaché solidement avec de la babiche mouillée. (La babiche rétrécit en séchant.)

J'ai tordu des cordes de babiche, et je les ai étirées de la tête au pied du lit autour de mon ossature. C'est ma trame. Pour mes fils de chaîne, j'ai passé des lanières de babiche au-dessus et en-dessous de mes fils de trame.


Faute de babiche sans poils, j'ai découpé une peau avec poil en spirale pour former mes lanières. Un isolant supplémentaire en prime!

Le tressage est solide. Mais malgré la tension que j'ai mis sur les lanières et la propriété de rétrécissement de la babiche, le lit a tendance à creuser à la longue avec mon poids. J'ai compensé en ajoutant des tapis de quenouille. J'avais l'intention de le faire de toute façon pour ajouter à l'isolation du lit.

Voilà quelques menus travaux pour rendre le wigwam habitable et plus confortable. Mais il manque encore beaucoup à mon nouveau logis pour le rendre fonctionnel. La prochaine étape sera d'aménager le feu pour la cuisine et de fabriquer ma vaisselle et des contenants...